Des évêques à la ville libre
Les premières monnaies frappées sur place sont des deniers d'argent au nom des évêques. Sous l'évêque Erchenbald (965-991), le denier montre un édifice religieux et, au revers, le nom de l'empereur Otton. Les biographies de l'évêque indiquent qu'il obtient pour son Église le droit de battre monnaie, confirmé à plusieurs reprises par les empereurs.
À la fin du XIIIe siècle, la ville s'affranchit de l'évêque. Elle prend la frappe en main par des baux successifs, renouvelés pendant deux siècles, et met fin aux retraits périodiques de monnaie en émettant des deniers « perpétuels ». La frappe municipale se distingue dès 1296 par un grènetis de perles marqué.
En 1393, le conseil décide de supprimer le large bord des deniers et de placer le grènetis au ras du flan, parce que ce bord était sans cesse rogné.
Le privilège décisif arrive en janvier 1508 : l'empereur Maximilien accorde à la ville le droit de frapper des florins d'or, au poids et au titre des princes électeurs rhénans (18 carats et demi).
Le lis, les légendes et la Réforme
Le lis est la clef de lecture. Il symbolise la Vierge, patronne de la cathédrale et de la ville. Il se distingue du lis royal français : celui de la ville est épanoui, avec des étamines entre les pétales, alors que le lis de France est fermé. Les pièces de la ville ne montrent jamais l'aigle impérial, signe de l'indépendance revendiquée par la cité.
Les florins d'or de 1508 portent la Vierge à l'Enfant et la prière « VRBEM VIRGO TVAM SERVA ». Après le passage de la ville à la Réforme (1529), le mot VIRGO est remplacé par CHRISTE. En 1601, pour rembourser un emprunt contracté en Souabe, le magistrat fait pourtant frapper des florins avec VIRGO, conformes au privilège de 1508.
Une même formule revient sur les pièces d'argent : « GLORIA IN EXCELSIS DEO ». Les thalers ajoutent la devise « SOLIVS VIRTVTIS FLOS PERPETVVS ».
Le siège de 1592 et les monnaies du XVIIe siècle
En 1592, à la mort de l'évêque, catholiques et protestants élisent chacun leur candidat : le jeune Jean-Georges de Brandebourg d'un côté, le cardinal Charles de Lorraine de l'autre. La ville, protestante, est assiégée. Pendant le siège, on frappe des klippes, pièces carrées d'un seul côté, aux armes de l'administrateur, du chapitre et de la ville : 80 kreuzer (un thaler), 40 et 20 kreuzer. Ce sont des monnaies obsidionales, et avec le thaler de 1617, les seules pièces datées de la ville avant 1682.
Le XVIIe siècle voit apparaître le dicken (1613), pièce de 24 kreuzer. Son poids baisse de 8,8 g à 6,8 g en 1621, pendant la crise monétaire des débuts de la guerre de Trente Ans. Viennent ensuite les pièces de 12 kreuzer, le gulden de 60 kreuzer après 1668, et les ducats d'or des années 1635 à 1650, en simple et en double.
Le 30 septembre 1681, la ville se rend à Louis XIV. De 1682 à 1690, elle frappe encore des pièces de 1 à 30 sols, au lis, dans le système français.
Variantes, faux et états de conservation
Les deniers au lis sont nombreux et très proches les uns des autres : une lettre sous le lis, un écu penché ou un grènetis différent changent l'attribution. Certains deniers au lis portant un B ou un E sont attribués à des seigneurs voisins (Bade, peut-être Wurtemberg). Les numismates parlent de « beischläge » : des imitations frappées hors de la ville. Le dicken a aussi été copié en Italie, à Correggio.
Pour juger l'état, regardez d'abord le lis : les étamines entre les pétales s'effacent les premières. Sur les thalers, ce sont les crinières des lions et le cimier ; sur les florins, le visage de la Vierge et de l'Enfant. Les deniers, minces, sont souvent ébréchés ou fendus.
Pour toute pièce ancienne en argent, contrôlez le poids et la netteté des lettres, et n'essayez pas de la nettoyer. Voir nos guides reconnaître une fausse pièce et états de conservation.