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Histoire locale

Strasbourg, ville de monnaie

Pendant plus de cinq siècles, des pièces ont été frappées à Strasbourg : d'abord par la ville elle-même, puis pour les rois de France et les régimes qui ont suivi, jusqu'en 1870. Beaucoup portent encore la marque de la ville : le lis, puis les deux lettres BB.

Gros plan sur les lettres BB d'un décime frappé à Strasbourg en 1814
Les lettres BB, marque de l'atelier de Strasbourg, sur un décime de 1814. Photo : Paris Musées / musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons, recadrée.
La lettre d'atelier

BB, la signature de Strasbourg

Sous l'Ancien Régime et jusqu'au XIXe siècle, la France compte plusieurs ateliers monétaires. Chacun marque ses pièces d'une lettre, pour qu'on sache où elles ont été frappées. Paris a le A ; Strasbourg, arrivé tard dans le royaume, reçoit les deux lettres BB.

Cette lettre se lit sans outil, avec une simple loupe. Sur les écus royaux, elle est au revers, sous l'écu couronné. Sur les 20 francs or du Second Empire, elle est juste avant la date. Sur d'autres pièces, elle est à l'avers, près du bord.

Deux pièces de même type et de même année peuvent être très différentes selon l'atelier : certaines combinaisons année-atelier ont été frappées en petit nombre. C'est pour cela que la lettre compte autant pour un numismate.

Les lettres d'atelier les plus courantes
LettreAtelier
AParis
BBStrasbourg
BRouen
DLyon
KBordeaux
MAMarseille
WLille
TNantes
HLa Rochelle
QPerpignan
Du XIVe siècle à 1870

Les pièces frappées à Strasbourg

  1. Denier en argent de la ville de Strasbourg au lis, XIVe siècle
    Photo : Bibliothèque nationale de France (Gallica), domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    XIVe-XVe siècle

    Les deniers au lis de la ville

    Petites pièces d'argent sans légende, frappées au nom de la ville. Le lis de Strasbourg y occupe toute la surface : c'est le premier signe à chercher sur une monnaie strasbourgeoise.

  2. Florin d'or de la ville de Strasbourg à la Vierge à l'Enfant, début du XVIe siècle
    Photo : Bibliothèque nationale de France (Gallica), domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1508-XVIIe siècle

    Le florin d'or à la Vierge

    La ville frappe aussi de l'or : des florins (« Goldgulden ») montrant la Vierge à l'Enfant, patronne de la cathédrale, avec un globe surmonté d'une croix au revers.

  3. Thaler en argent de la ville libre de Strasbourg aux deux lions et au lis
    Photo : The Metropolitan Museum of Art, CC0, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    XVIe-XVIIe siècle

    Les thalers aux deux lions

    Grandes pièces d'argent de la ville libre d'Empire : deux lions tiennent l'écu à la bande de Strasbourg, sous le lis. La légende latine nomme la ville « Argentoratensis ».

  4. Gulden de 60 kreutzer de la ville de Strasbourg au lis
    Photo : Tangopaso, domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    après 1668

    Le gulden de 60 kreutzer

    Dernière grande monnaie de la ville avant le rattachement à la France : un lis épanoui au droit, les armes de la ville au revers.

  5. Écu de Louis XIV frappé à l'atelier royal de Strasbourg en 1694
    Photo : Bibliothèque nationale de France (Gallica), domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1694

    L'atelier royal et les lettres BB

    Strasbourg devient française en 1681. Un atelier royal y est installé et marque ses pièces des deux lettres BB. Ici un écu de Louis XIV frappé à Strasbourg.

  6. Revers d'un écu de Louis XV de 1728 marqué BB, atelier de Strasbourg
    Photo : Bibliothèque nationale de France (Gallica), domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1728

    L'écu de Louis XV

    Au revers, sous l'écu de France couronné, les deux lettres BB sont bien visibles. Les écus et leurs divisions sortent en grand nombre de l'atelier strasbourgeois au XVIIIe siècle.

  7. Revers d'un écu constitutionnel de 1793 au Génie, frappé à Strasbourg
    Photo : Bibliothèque nationale de France (Gallica), domaine public, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1793

    L'écu constitutionnel

    Sous la Révolution, le Génie grave la Constitution au revers. La lettre BB est à droite, à côté du coq.

  8. Décime du blocus de Strasbourg de 1814 marqué BB
    Photo : Musée Carnavalet, Paris Musées, CC0, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1814-1815

    Le décime du blocus

    Pendant le blocus de la ville en 1814 et 1815, l'atelier frappe des pièces d'un décime en bronze, au chiffre N de Napoléon puis au L de Louis XVIII. Une monnaie typiquement strasbourgeoise.

  9. Revers d'une pièce de 5 francs Louis-Philippe de 1831 frappée à Strasbourg
    Photo : Windrain, CC0, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir.
    1831

    Les écus de 5 francs

    Au XIXe siècle, Strasbourg frappe des écus de 5 francs en argent pour chaque régime. Celui-ci date du règne de Louis-Philippe.

  10. Revers d'une pièce de 20 francs or Napoléon III de 1869 marquée BB
    Photo : Siren-Com, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir (adaptation sous la même licence).
    1869

    Le 20 francs or BB

    Les 20 francs or de Napoléon III frappés à Strasbourg portent BB au revers, juste avant la date.

  11. Pièce de 5 francs Napoléon III de 1870 frappée à Strasbourg
    Photo : Windrain, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, détourée sur fond noir (adaptation sous la même licence).
    1870

    Les dernières frappes

    Le siège de 1870 met fin à l'atelier. Cet écu de 5 francs de Napoléon III compte parmi les toutes dernières pièces frappées à Strasbourg.

1871-1918 : l'Alsace et le mark

Après la guerre de 1870, l'Alsace est rattachée à l'Empire allemand et l'atelier de Strasbourg ne rouvre pas. On paie désormais en marks : 20 et 10 marks en or, 2, 3 et 5 marks en argent, petite monnaie en nickel et en cuivre. Ces pièces viennent des ateliers allemands et portent leur lettre : A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, G pour Karlsruhe.

Beaucoup sont restées dans les familles après le retour à la France en 1918. C'est pourquoi on trouve encore aujourd'hui, en Alsace, des boîtes où se mélangent écus BB, napoléons et marks. Voir les monnaies allemandes

Questions fréquentes

Où trouver la lettre d'atelier sur ma pièce ?

Cela dépend du type. Sur les écus royaux, elle est au revers, sous l'écu de France. Sur les 20 francs or du Second Empire, elle est au revers, juste avant la date. Sur d'autres pièces, elle se trouve à l'avers, près du bord ou sous le buste. Une loupe suffit.

Ma pièce porte « BB » : est-elle forcément rare ?

Non. L'atelier de Strasbourg a frappé de grandes quantités certaines années. La rareté dépend de la combinaison entre l'année, l'atelier et l'état de la pièce. C'est ce que nous vérifions lors d'une estimation.

Le lis de Strasbourg et la fleur de lys royale, c'est la même chose ?

Non. Le lis de la ville est une fleur épanouie, avec des étamines entre les pétales. La fleur de lys des rois de France est stylisée, en trois pétales réunis par un lien. Sur une monnaie, le lis épanoui désigne presque toujours la ville.

L'atelier de Strasbourg existe-t-il encore ?

Non. Il a fermé en 1870. Après le rattachement de l'Alsace à l'Empire allemand, les pièces en marks étaient frappées dans les ateliers allemands (Berlin, Munich, Stuttgart, Karlsruhe…), jamais à Strasbourg.

Les pièces en marks trouvées en Alsace ont-elles été frappées à Strasbourg ?

Non. Elles portent la lettre de leur atelier allemand : A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, G pour Karlsruhe, par exemple. Elles sont nombreuses dans les familles alsaciennes parce qu'on y a payé en marks de 1871 à 1918.

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