Monnaies romaines : les pièces à ne pas confondre
Le premier piège, ce sont les monnaies provinciales : frappées dans les cités grecques de l'Empire, elles portent bien le portrait de l'empereur, mais avec une légende en grec. Elles sont romaines par l'époque, grecques par la langue, et se classent à part (voir les monnaies grecques).
Viennent ensuite les imitations antiques. Dans les provinces occidentales, on a coulé ou frappé localement des copies de bronzes et d'antoniniens quand la monnaie officielle manquait, souvent plus petites et au style maladroit. Les deniers fourrés, à âme de cuivre sous une pellicule d'argent, sont des faux d'époque ; une cassure laisse voir le cuivre.
Il y a aussi les « Padouans » : à la Renaissance, le graveur Giovanni da Cavino, à Padoue, a créé des sesterces imités pour les amateurs, dont certains types n'ont jamais existé, comme un sesterce d'Othon. Des copies coulées de ses pièces circulent encore.
Enfin, ne confondez pas une monnaie romaine avec un jeton ou une médaille moderne au portrait d'empereur, vendus comme souvenirs : leur métal trop jaune, leur flan parfaitement rond et leur tranche régulière les trahissent.
Monnaies romaines : variantes et faux connus
Pour un même empereur, les variantes sont innombrables : buste lauré ou radié, cuirassé ou drapé, tourné à droite ou à gauche, légende longue ou courte, revers différents selon les années. Ce sont ces détails, et la marque d'atelier au Bas-Empire, qui donnent le numéro RIC. Les impératrices, les césars et les usurpateurs ont aussi leurs monnaies, souvent plus rares que celles des empereurs régnants.
Les faux modernes sont nombreux, surtout pour les deniers et les aurei des empereurs célèbres. Les copies coulées se trahissent par un aspect granuleux, des bulles ou des petits trous, des lettres molles et une couture sur la tranche. Les copies frappées récentes sont plus difficiles : poids et style sont proches, mais la patine est souvent artificielle, trop uniforme ou poudreuse. Une monnaie romaine d'or ou d'argent qui paraît neuve doit être examinée de près.
Au XIXe siècle, des faussaires comme l'Allemand Carl Wilhelm Becker ont gravé des coins pour imiter des monnaies antiques ; ses pièces sont aujourd'hui étudiées comme telles. Les contrôles de base sont décrits dans le guide reconnaître une fausse pièce.
Monnaies romaines : les états de conservation
Les monnaies antiques ne se jugent pas comme les pièces modernes. Sur l'avers, on regarde d'abord le portrait : les mèches de cheveux, les feuilles de la couronne de laurier, l'oreille et l'œil disparaissent les premiers. Sur le revers, la tête et la poitrine de la figure debout, puis les plis du vêtement. La lisibilité de la légende compte autant que le relief : une légende complète permet l'identification, une légende effacée la rend parfois impossible.
Le centrage de la frappe joue aussi : beaucoup de pièces ont été frappées décalées, et une partie de la légende manque sur le flan. Les bronzes portent une patine, verte, brune ou noire, formée pendant des siècles en terre ; une patine lisse et régulière est recherchée, une patine écaillée ou rongée par des taches vert clair poudreuses (corrosion active) signale un problème.
Surtout, ne nettoyez pas une monnaie romaine trouvée ou héritée : un bronze frotté perd sa patine et son intérêt, un denier poli prend un éclat artificiel. Voir les guides nettoyer une pièce et états de conservation.
Monnaies romaines : histoire
Rome se dote d'un vrai système monétaire pendant la deuxième guerre punique : vers 211 avant notre ère, le Sénat crée le denier d'argent. Sous la République, les deniers portent des types choisis par les magistrats monétaires, souvent à la gloire de leur famille. César puis Auguste installent l'aureus d'or et organisent un système stable, du sesterce de laiton à l'as de cuivre, avec le portrait de l'empereur comme signe d'autorité.
Néron allège l'aureus et le denier en 64. Au IIIe siècle, les guerres et les crises font fondre la part d'argent : Caracalla crée en 215 l'antoninien, double denier à couronne radiée, dont l'argent tombe à quelques pour cent. Dioclétien réforme le système en 294 avec un nouveau bronze argenté, le follis. Constantin crée vers 309 ou 310 le solidus d'or, qui restera stable pendant des siècles à Byzance.
Les ateliers se multiplient dans les provinces : Lyon frappe dès Auguste, Trèves et Arles deviennent des ateliers majeurs au IVe siècle. C'est pourquoi les monnaies romaines trouvées en France portent souvent ces marques d'atelier. Pour les autres monnaies antiques, voir la rubrique monnaies anciennes.
Une monnaie romaine doit avoir une origine licite : héritage, ancienne collection, achat auprès d'un professionnel. En France, utiliser un détecteur de métaux pour rechercher des objets archéologiques demande une autorisation préfectorale (article L542-1 du Code du patrimoine), et une découverte fortuite doit être déclarée en mairie (article L531-14). Si vous avez hérité d'un lot, conservez tout document qui en retrace l'origine : c'est la première question qu'un numismate vous posera.